Bildausschnitt Fritz Ohle, Landesmuseum Detmold
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"Avant que nous ne portions notre attention sur les environs de Lemgo, encore quelques mots sur la ville dans sa situation actuelle. Elle a environ 9000 habitants qui vivent pour partie de la terre et pour partie de l'industrie. Autrefois Lemgo était célèbre (à côté de Vienne et Ruhla) en tant que lieu de fabrication de l'écume de mer. Il n'y a plus aujourd'hui que deux entreprises actives dans cette branche de l'industrie (Bernhard Tille et Wilhelm Emmerich).

Hormis une brasserie, un tissage de lin et une grande distillerie, on trouve différentes fabriques de cigares. La fabrication de voitures et la sellerie et bourrellerie de luxe sont aussi à remarquer. Il y a peu de temps une firme de Lemgo (la Maison Hugo Scheidt) a livré au souverain un coupé cossu, ainsi qu'un landau et une demi-décapotable au prince Leopold de Meinberg, ce qui constitue une preuve que les fabricants de voitures de Lemgo sont en mesure de satisfaire les exigences les plus délicates. La sellerie princière de la Lippe des frères Koch, qui jouit de la meilleure réputation dans et hors de la région est également performante.

La ville possède sa propre caisse d'épargne, un abattoir, une usine à gaz et une adduction d'eau. Le réseau de distribution d'eau a été créé en 1900 et délivre une eau de source d'excellente qualité, qui est captée en deux points des environs de Lemgo, et approvisionne la ville au moyen de canalisations. Le projet de distribution a été établi ; quelques rues sont déjà équipées.

Ainsi Karl Ottenmeyer présente-t-il Lemgo en 1907 dans ce guide, où la description des maisons bourgeoises en pierre ou à pans de bois, des églises, des oeuvres d'art et des évènements historiques en constitue naturellement la partie principale. Deux aspects contemporains semblent significatifs pour l'auteur : les entreprises industrielles ou commerciales et les infrastructures modernes. Il est douteux que l'on puisse considérer aujourd'hui une usine à gaz ou un abattoir comme des attractions touristiques adéquates. Au tournant du siècle elles exprimaient pourtant une forme du progrès et devaient être montrées : Lemgo était entrée dans la modernité."

Sur le plan de la ville de Gier (vers 1885) Lemgo présente encore la structure d'une ville médiévale. L'urbanisation se concentre clairement dans le domaine  à l'intérieur des remparts, en suivant l'ancien tracé des rues. Plus densément urbanisée au nord (vielle ville) et moins densément au sud (neuve ville). Le long des sorties de ville vers Rinteln, Detmold, Lage et Herford on observe les premières ébauches d'urbanisation extérieure. Les implantations industrielles sont dispersées dans les secteurs encore non bâtis. La possibilité de s'établir dans le Feldmark, (zone de champs et de pâtures faisant partie de la ville mais hors les murs), a été ouverte par la municipalité seulement en 1867. Auparavant chaque projet de construction dans une nouvelle zone de peuplement nécessitait une autorisation spéciale du conseil.

On trouve dans le guide "au travers de Lemgo et de ses environs" un plan de situation de la ville de Lemgo, qui seulement quelques décennies plus tard  montre déjà clairement les prémisses d'un réseau de rues plus dense à l'extérieur des murs de la ville. Les rues sont le plus souvent seulement désignées par des nombres, ce qui dénote une viabilisation commençante ou planifiée pour des lotissements. On reconnaît également au nord l'hôpital de la ville œuvre de la fondation Wolff et inauguré en 1900, qui fût utilisé pendant la guerre comme hôpital militaire.

Un important projet d'infrastructure de Lemgo était certes sous-entendu dans les guides, mais non explicitement mentionné : la gare de chemin de fer. Si les premières tentatives pour disposer aussi à Lemgo d'une connexion ferroviaire remontent au milieu du dix-neuvième siècle, il a fallu attendre pour les voir couronnées de succès jusqu'au 8 juillet 1896 avec l'ouverture solennelle de la gare située sur la section Lage-Hameln. Au voisinage de la gare (rue de Lage, Grevenmarsch) se développa par la suite une zone industrielle, industrie du bois principalement. De nombreux hommes de Lemgo sont bien sûr partis pour la première guerre mondiale par le train. De cette gare ont également été embarquées les cloches des églises de Lemgo en tant que don de métal pour la guerre.

Encore non visible sur ce plan de la ville : sur le Bruchweg, l'usine électrique construite en 1911 aujourd'hui usine de la ville de Lemgo. Jusqu'à cette époque la lumière artificielle était produite à Lemgo soit par des bougies, ou à partir de pétrole ou du gaz. L'usine à gaz, située un peu plus au sud, du côté du site actuel de la Poste sur le Bruchweg, avait été fondée comme compagnie privée en 1864 en vue d'assurer avant toutes choses l'éclairage des rues de la ville.

Pour identifier les groupes sociaux et professionnels à Lemgo en 1900 une "Alphabetisches Verzeichnis der selbständig lebenden Bewohner und der kaufmännischen Firmen der Stadt", (liste alphabétique des habitants et des firmes commerciales de la ville" publiée dans le "Adreßbuch der Stadt Lemgo, 1909" (1ère édition) a été exploitée.

Les groupes (professionnels) suivants ont pu ainsi être formés : 

Ouvriers : en particulier de l'industrie et cigariers/cigarières respectivement. 

Sans profession : avant tout femmes non mariées et veuves.

Artisanat : aucune distinction entre artisans indépendants ou non (compagnons).

Rentiers : vivent de leur capital ou de ses intérêts.

Emplois de service : charretiers, employés de maison.

Employés : employés hors artisanat et employés de maison.

Services publics : administrations communale, judiciaire, et financière, y compris employés de la poste et des chemins de fer et enseignants.

Professions indépendantes : commerçants, fabricants, petits détaillants, médecins, avocats, … (hormis artisans).

Autres : personnes sans métier, le plus souvent les chanoinesses de St. Marien et les pasteurs. 

Dans cet aperçu ne figurent ni les femmes mariées ni les enfants, du fait de la méthode de recensement choisie. 

On observe que dans la répartition les ouvriers de la tuilerie et de l'industrie représentent approximativement à part égale avec l'artisanat la plus grande partie. Le secteur agricole, en dépit du qualificatif encore courant au 19ème siècle de "bourg rural" ne représente pas une fraction significative. On doit cependant prendre en considération le fait que probablement de nombreux habitants de Lemgo menaient une petite activité annexe dans le domaine agricole ou du moins possédaient un jardin. Les travailleurs indépendants, parmi lesquels on doit compter une grande partie du secteur artisanal, représentent le troisième pilier de la vie économique de la ville. Le domaine de l'administration, et respectivement des services publics, est encore peu marquant et est surtout dominé par les employés des chemins de fer et de la poste.

Foules en liesse, entonnant des chants patriotiques et agitant des drapeaux, devant des colonnes de soldats enthousiastes partant pour la guerre, - ainsi se représente-t-on depuis longtemps le déclenchement de la guerre en Allemagne. Ce que l'on désigne par "Expérience d'août" 1914 forge ainsi rétrospectivement l'image d'un peuple uni et euphorique saluant joyeusement l'entrée en guerre. La science historique en donne aujourd'hui une vision qui s'en démarque clairement.

Pour Lemgo l'image et l'ambiance en août 1914 (Mobilisation 1er août) sont difficiles à cerner, car on ne dispose pratiquement d'aucune source. 

La photo ci-dessus montre une scène de rue à Lemgo (probablement Haferstrasse) au début de la guerre. De nombreux jeunes garçons en costumes de marins (typiques pour l'époque) se tiennent devant une porte sur laquelle sont collés des ordres et appels à la mobilisation.

Dans les éditions de Lemgo du Courrier de la Lippe on trouve en juillet et août des indications sur l'ambiance dans la ville. Le 31 juillet 1914 le journal rapporte que "la gravité de la situation politique" se manifestait aussi à Lemgo. "Il règne dans les rues, en particulier dans la Mittelstrasse, une intense animation, et l'on attend fiévreusement les bulletins spéciaux. Il s'agissait naturellement de savoir si et quand l'Allemagne allait déclarer la guerre.

Le 7 août 1914 les premières victoires en Belgique donnaient l'occasion d'exulter. On écrivit le 8 août dans le Courrier de la Lippe : "Hier au soir se produisit une manifestation enthousiaste devant la rédaction. A peine le bulletin spécial avec la nouvelle de la prise de Liège par nos troupes fût-il affiché dans la vitrine qu'en un instant un grand nombre de personnes se trouva rassemblé. Tous se pressaient contre la vitrine pour lire de leurs propres yeux la nouvelle du premier grand succès de nos troupes en lutte contre la France. Une allégresse indescriptible parcouru la foule, qui là-dessus entonna avec entrain Heil Dir im Siegerkranz"   et "Deutschland, Deutschland über alles ". Pendant encore longtemps la vitrine fût assaillie par une foule nombreuse. Puissent avec l'aide de Dieu d'autres victoires suivre bientôt ce premier succès".

Les notes manuscrites du sacristain et maître d'école Karl Knappmeier dans sa "Chronique de l'école St Johann I Ouest" entreprise en juillet 1925 (Archives de la ville de LemgoT 3/14) transmettent une impression plus précise des mois de juillet et août.

Il écrit : "Le 25 juillet commencèrent les vacances d'été. Les champs étaient mûrs pour la moisson. On voyait déjà briller la faux dans les épis craquants. Les gerbes pleines se dressaient. Le travail de la moisson commença plus tôt qu'habituellement, alors que la sueur au visage était engrangé ce qui avait été semé avec autant d'espoir. Toutes les mains, y compris celles des enfants, devaient maintenant rudement s'y mettre. Par de "Joyeux Au revoir !" les maîtres et leurs élèves se séparèrent ainsi le 25 du mois des moissons. Nous n'avions alors aucune idée pour quel grand travail de récolte les hommes de l'Allemagne allaient bientôt devoir être appelés, ni combien plus et sur un plus beau champ devrait être engagé. N'en avions-nous vraiment aucune idée ? Notre cœur ne trembla-t-il pas lorsqu'arriva à nos oreilles l'horrible nouvelle de l'assassinat de Sarajevo du 28 juin 1914  ?– Les yeux de nos enfants se remplirent de larmes du fait de la souffrance ainsi infligée à notre bien-aimé Empereur. 

A peine une semaine s'était écoulée que déjà surgissaient dans nos moissons à nos frontières les destructeurs. Les sabots des chevaux des cosaques piétinaient nos champs. La faux fût remplacée par l'épée. Le 1er août à six heures de l'après-midi retentit également dans notre ville et la campagne alentour le mot : "Mobilisation". Dès le dimanche matin du 2 août les pères de famille et les jeunes gens exécutèrent les ordres d'appel sous les drapeaux. De graves paroles retentirent au cours de l'office religieux. Le Psaume 46. A la fin l'assemblée se leva et chanta de façon sonore : "Ein‘ feste Burg!" (Ein feste Burg ist unser Gott, C'est un rempart que notre Dieu, paraphrasant le psaume 46, est le plus connu des cantiques de Martin Luther).

Après les jours de pénitence, le 5 août, les engagés volontaires s'enrôlèrent. Un nombre imposant également pour notre commune ! Parmi anciens les élèves de l'École St Jean depuis 1905 s'engagèrent en répondant avec joie à l'appel de l'empereur bien-aimé : au total jusqu'au 1er octobre 1915 – 32 jeunes hommes dans la fleur de l'âge. Dieu soit à vos côtés ! Vous nobles volontaires ! Il est vraiment bienheureux celui qui sait mourir pour Dieu et sa chère Patrie ! Que vos nobles noms soient bénis – pour l'éternité ! 

Quotidiennement s'effectuaient de nouveaux appels sous les drapeaux. Les appelés se dirigeaient vers la gare alors que retentissaient les chants "Wacht am Rhein", "Deutschland über alles" accompagnés par le chœur de trombones de l'amicale des jeunes. Des centaines, des milliers les accompagnaient et attendaient recueillis le long du ballast jusqu'à ce que le long convoi disparaisse aux regards. "Au revoir Adieu !" à vous combattants d'une guerre sainte.

Cela devint de plus en plus silencieux et grave dans notre commune. Tous les soirs nous nous réunissions dans la maison de Dieu pour une grave heure de prière. Même notre jeunesse. Même eux ressentaient la gravité de la période historique [...]".

La description est naturellement fortement empreinte de patriotisme et de nationalisme, et transpire à l'évidence l'esprit de l'époque. Mais il y avait clairement bien une ambivalence du ressenti. D'un côté l'engagement résolu dans la guerre, pour défendre la Patrie supposée agressée, et d'autre part le "Silence" et la "Gravité". Un "Hourra-Patriotisme" sans faille n'était encore pas de mise. La foi en une guerre sainte, à laquelle n'échappaient pas non plus les élèves garçons, fait cependant déjà partie de l'interprétation (protestante) de la guerre et cette idée se trouvera constamment martelée par Knappmeier dans sa chronique.scolaire.

Lors du conseil de la ville de Lemgo du 17 août 1914 (Stadtarchiv Lemgo A 503) le président Schulz ouvrit la réunion "[...] avec un discours énergique dans lequel en pointant la gravité de l'heure il serait exigé de chacun un sacrifice [...]". Les conseillers de l'assemblée municipale décidèrent de réserver 10 000 Mark pour les dépenses requises à venir du fait de l'état de guerre. Cette somme devait être utilisée pour la protection policière, l'assistance aux familles des soldats tombés au combat, et pour les plus "faibles citoyens de la ville" en particulier les "pauvres timides". L'achat de denrées alimentaires est également projeté en pensant à un cantonnement et à l'aménagement d'une soupe populaire. La ville, l'Église et l'association patriotique des femmes devaient travailler ensemble pour permettre le meilleur soutien social. Il devint clair du côté des décideurs politiques que l'on était également prêt comme les soldats, à apporter son "offrande", au service de tous. Ceci est certainement envisagé comme un signal pour l'extérieur.

Le maître d'école Fritz Krumsiek (12.11.1877 - 11.3.1967) décrit dans sa chronique d'école débutée en 1914 pour la Volksschule Wiembeck (Stadtarchiv H 10/78) l'atmosphère à Detmold et alentour en août 1914 :

"[...] Ensuite vint l'ordre de mobilisation : dans tous les coins de notre Land l'appel impérial fût placardé ! D'un coup, d'appréhension notre sang ne fit qu'un tour, mais ensuite éclata l'enthousiasme d'une façon que l'on eût jamais cru possible. Tous unis ! Un seul peuple ! Une volonté ! Prêt au sacrifice ! [...]" La trêve politique annoncée par l'Empereur Guillaume II "Je ne connais plus aucun parti, je ne connais plus que des Allemands" semble rétrospectivement avoir été à l'origine du ressenti de Krumsiek. La tonalité de son point de vue est d'une manière générale positive, et même la recherche quelque peu nerveuse d'espions ne parvient pas à troubler son regard sur les choses : "Ma femme et moi allâmes à Detmold pour nous faire une idée de la vie et de l'animation. Les routes qui menaient à Detmold étaient à de nombreux endroits barrées par de longues chaînes, avec des hommes en armes. Le long des voies ferrées, en particulier sur les ponts se tenaient aussi des sentinelles en armes. On flairait partout la présence d'espions, une automobile étrangère transportant beaucoup d'or devait même circuler et être intercepté. Sur la lande de Jexter s'exerçaient des aéroplanes. Les vols étaient encore très imparfaits, mais quel développement plus tard durant la guerre ! [...] A Detmold même il y avait un enthousiasme comparable à celui qui pouvait avoir régné à Breslau en 1813. La ville était pleine de réservistes et de leurs proches. Partout une ambiance joyeuse et confiante. [...] Nous rencontrâmes à Detmold de nombreux collègues, qui étaient incorporés ou qui envisagaient leur incorporation pour les jours suivants. Ce furent des jours édifiants et inoubliables !"