Bildausschnitt Fritz Ohle, Landesmuseum Detmold
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Lorsque la guerre éclata en 1914, la plupart des Allemands s'attendaient à ce qu'elle soit courte et violente. Le maître d'école Krumsiek de Wiembeck le formule rétrospectivement ainsi, dans sa chronique de l'école et de la guerre, en 1924 : "A l'époque, on était d'avis dans les cercles de spécialistes que la guerre, compte tenu du niveau de la technologie militaire et des millions de soldats engagés, pourrait durer au maximum six à huit semaines. Comment pourrait-il en être autrement!"(Stadtarchiv H 12/78). Dans les préparatifs de guerre, les opérations militaires et tactiques avaient certes été prévues, mais le financement de la guerre et le ravitaillement de la population civile avaientt été négligés. Cela devait se payer avec le début du blocus naval britannique. L'Allemagne, dépendante de ses importations, fut brutalement coupée de toutes les ressources extérieures (en matières premières, denrées alimentaires ...).

Dans la Lippische Post du 3 Mars 1915 était annoncée une réunion dans laquelle il devait être question de l'alimentation populaire. Le contexte en était la détérioration progressive de la situation du ravitaillement en raison du "blocus de la faim» imposé par les puissances de l'entente. Le thème de la conférence était sous la devise «Devoirs de guerre derrière les lignes - L'alimentation populaire pendant la guerre". Les femmes et les jeunes filles étaient particulièrement visées, mais "Les hommes sont également acceptés". Plus de 400 visiteurs assistèrent à la conférence, le 16 Mars 1915 dans la Gasthaus Losch (LP, 18/03/1915).

Conseils formulés : ne tournons pas autour du pot, les soldats doivent être soutenus, l'ennemi ne doit pas nous vaincre par la faim, les comportements doivent changer, tous les coins de terre devraient être cultivés. Au lieu de pain et de viande, on devrait plutôt manger des fruits et légumes, du lait, du sucre et du fromage ; on devrait consulter des livres de cuisine de guerre, et participer à des cours de cuisine.

Le début de l'été de 1916 marqua un tournant dans le ravitaillement alimentaire. Les pommes de terre se firent rares. A cela s'ajouta le fait que la récolte fut gâchée en automne par trop d'humidité. Comme ersatz furent distribués, en échange des tickets, des rutabagas. Pendant l'hiver 1916/17 des recettes de rutabagas ont été propagées. Ce légume ne jouissait pas d'une grande popularité, mais il a empêché une plus grande famine. Annonce publicitaire pour la vente de rutabagas (LP, 12.9.1916).

Déjà durant l'hiver 1914-1915 apparut dans la région de la Lippe un soi-disant. "Peit Pain de guerre" de 80 gr (selon la LP, 13/03/1915), qui fut de nouveau remplacé en Mars 1915 par un petit pain de 100 gr. Le journal note "Probablement personne ne versera une larme sur cette bizarrerie [...]".

Pendant les mois d'automne et d'hiver de 1915/1916 et 1916 /1917 le pain, dans la région de la Lippe, avait également dû être, comme on disait "rallongé". C'était l'une des mesures visant à sécuriser le ravitail-lement en pain en sortant de la situation de goulot d'étranglement. Comme produit de dilution on utilisa les pommes de terre (LP, 07/11/1917). Des pommes de terre fraîches furent utilisées car on n'avait pas assez de charbon disponible pour faire la fécule de pomme de terre, qui fut utilisée plus tard seulement. Manifestement, ce pain ne rencontra pas un accueil favorable parmi la population et fut critiqué comme mauvais et immangeable. Cela incita la LWG à son tour à user de son droit de réponse, publié dans la Lippische Post : «Ici, à Lemgo nous nous sommes tous réjouis à propos du nouveau pain [...] Si certains boulangers de Detmold ne prennent pas la peine de nettoyer suffisamment et de peler correctement les pommes de terre, nos boulangers de Lemgo en revanche nous servent à cet égard selon la bonne vieille tradition - ou si certains estomacs particulièrement sensibles à Detmold ne croient pas être faits pour le pain de guerre, ce n'est vraiment pas encore une raison pour condamner toute la chose [...] Nous mangeons encore ici du meilleur pain, que dans beaucoup de parties de l'Allemagne et surtout qu'à l'étranger. Nous avons vraiment eu la meilleure part comparé à beaucoup, beaucoup de ceux qui ont faim pour un morceau de pain, vis-à-vis de ceux qui si souvent pendant des jours se contentèrent pendant une offensive, ou une patrouille solitaire d'un navet au lieu de pain. Ici dans la région de la Lippe, nous n'avons pas vécu les périodes de l'hiver et du printemps derniers, comme tant de personnes dans les grandes villes etc., qui humaient la douce odeur du rutabaga au lieu de celle du pain. Les ronchonnements sur le nouveau pain constituent la meilleure preuve qu'il y a encore des gens après quatre années de guerre, qui n'ont encore pas mobilisé leur estomac ".

Les violations des règlements sur les aliments ont été poursuivis; la méthode publiée dans la presse (LP, 03/09/1917).

L'hiver 1916/17 fut très froid. Le combustible était rare, il y eut une pénurie aiguë de charbon. Le 30.12.1916 on appela à un rassemblement populaire, pendant lequel Clemens Becker tint une conférence sur la pénurie de charbon à Lemgo et ses causes.

Qu'un social-démocrate patenté comme Becker ait tenu une telle réunion, indique bien la dimension poli-tique de tout cela. A cause du manque de combustible on ferma aussi les écoles (LP, 02/02/1917) jusqu'au 19/02/1917. Les bâtiments publics furent en partie utilisés comme halles de chaleur, de sorte que les gens puissent s'y réchauffer. Les élèves allèrent dans les mois d'hiver dans la forêt et rapportaient à Lemgo sur des traîneaux du bois de chauffage, destiné aux familles de combattants nécessiteuses.

Selon la Post Lippische, la ville cependant, n'a pas été assez énergique pour veiller à un approvisionnement suffisant en charbon, en particulier de la Ruhr. Le manque de wagons, qui pour une bonne part se trouvaient utilisés par l'armée, ne devait pas être la seule cause. La comparaison fut établie avec les nombreuses denrées alimentaires et animaux qui y avaient été livrés là-bas. En retour, il n'arrivait pas assez de charbon. On ne souhaiterait pas non plus utiliser les abondantes forêts du voisinage, comme ce serait possible.

Les soupes populaires déjà connues dans les grandes villes pendant la Première Guerre mondiale trouvèrent également leur équivalent dans une soupe populaire de Lemgo, qui fut établie par l'association patriotique féminine dans le "Siechenhaus", (c'est-à-dire dans les anciens bâtiments conventuels des Franciscains sur le Rampendal, aujourd'hui centre paroissial St. Johann). La soupe était à 25 Pfennig, avec des cartes de rationnement alimentaire délivrées par l'Hôtel de Ville, ou gratuite. LP, 19/11/1914.

En Août 1917 la rumeur survint que la municipalité avait laissé pourrir des pommes de terre dans la cave de la Ballhaus. De telles nouvelles furent bien évidemment accueillies avec une nervosité et exaspération certaine. La ville expliqua cependant que l'on s'occupait soigneusement d'éliminer une par une les mauvaises pommes de terre. La ville fut expressément louée par la rédaction du journal pour ce comportement circonspect. LP, 17/08/1917. 

La situation du ravitaillement était pire dans les grandes villes qu'à Lemgo, en particulier dans la région de la Ruhr. Les enfants surtout souffraient de malnutrition. Au printemps 1917, on organisa une forme précoce d'envoi d'enfants à la campagne qui amena aussi des enfants à Lemgo. Dans la LP du 19/10/1917 fut imprimée une lettre de remerciement de l'une des villes d'envoi (Essen). Il ressort de l'article qu'il y eut aussi des problèmes, des conflits, cependant. Les enfants durent bien travailler dans les champs, et ce ne fut visiblement pas pour eux un pur temps de vacances.

L'instituteur de Wiembeck livre rétrospectivement dans sa chronique scolaire de la première guerre mon-diale un résumé évocateur de la situation du ravitaillement à l'époque:

"Le pays a dû se nourrir lui-même, l'étau de fer que l'ennemi avait créé autour de nous ne laissant plus au-cune denrées alimentaires venir à nous depuis l'étranger. La récolte avait été maigre. Alors on laissa aussi seulement 7 ½, puis plus tard 6 ½ kg par personne et par mois, pas même ½ livre de pain par jour, aux auto-suffisants, c'est-à-dire ceux qui avaient sauvé juste assez de grain pour leurs propres besoins, (voir l'annexe). Les "ayant-droits" n'obtenaient déjà plus depuis 1915 que de la farine avec des tickets de pain, moins bien sûr que les "auto-suffisants". Les ersatzs de farine, à partir desquels on aurait pu "allonger"le pain, l'on  ne pouvait pas les acheter. Tout était confisqué. Tout achat et vente sans tickets fut sévèrement puni. On ne put obtenir sans tickets ni haricots ni avoine, ni sucre, ni pommes de terre, ni fil à coudre ni quoi que ce soit d'équivalent. Mais le pire fut que la récolte de pommes de terre tourna mal. Alors la faim s'installa dans beaucoup, beaucoup de familles, en particulier dans les villes. Ce fut le plus triste hiver, depuis de nombreuses décennies, que l'Allemagne traversa. Alors seulement on apprit vraiment à comprendre la valeur du pain quotidien et à vraiment saisir la 4ème demande du Notre Père. Ce fut une grande chance que les rutabagas réussirent bien, ils constituèrent dès lors le plat quotidien. Les "plats de rutabagas" en annexe sont là pour rappeler le triste "hiver de rutabagas" entre 1916 et 1917".

Les prix des denrées alimentaires grimpèrent au cours de l'été 1915. Surtout pour la viande, le beurre, les oeufs et le sucre (LP, 12/07/1915). Ces augmentations de prix devaient être empêchées, car autrement le client ne serait alors plus en mesure d'acheter les produits.

Lorsqu'en août 1915 une marchande sur le marché Lemgo a réclamé 1,80 Mark pour 1 livre de beurre, les clientes de Lemgo ont entouré la paysanne avec des gestes menaçants, sans que cela ne tourne vraiment mal. Dans l'article des prix plafonds étaient réclamés afin de stopper cette agitation (LP, 25/08/1915). Des comparaisons furent établies avec des grandes villes, mais dans lesquelles les aliments étaient moins chers.

En Avril 1917, on en vint apparemment  à Lemgo à une pénurie de beurre. Dans une lettre de lecteur, pu-bliée dans la Lippische Post (21/04/1917) ceci fut attribué au fait que les agriculteurs producteurs de lait auraient été trop circonspects avec la livraison du lait. Le lait pour la production de beurre ne venait plus pratiquement que de la coopérative agricole (LWG). De façon purement arithmétique, le nombre de vaches et la quantité de lait à Lemgo et ses alentours auraient dû suffire. Les paysans se seraient toutefois exemptés de la livraison obligatoire, ils auraient nourri le bétail avec le lait, au lieu de cela on devrait donc être plus strict et prononcer des pénalités plus conséquentes, et ne pas laisser les paysans se "beurrer" eux-mêmes.

LP, 25/07/1917 «Des enfants vont nus pieds, des  adultes ménagent leurs chaussures pour l'hiver, et vont pieds nus en sandales. (...) Un des meilleurs solvants et substitut est d'aller pieds nus ou en sandales de bois sans chaussettes. Les gens à courte vue et mesquins qui trouvent ridicules de marcher pieds nus, il n'y en aura probablement plus. Il suffit que quelques personnes courageuses commencent".

Les conseils d'économie purent même s'étendre jusqu'au domaine vestimentaire. LP, 08.05.1918: "Appel. Compte tenu de la grave pénurie d'étoffe qui sévit actuellement et des coûts considérables qui sont maintenant liés à l'acquisition des vêtements de deuil habituels pour les femmes, nous demandons aux comités d'aide sous notre contrôle d'agir en sorte que la population féminine de toutes les classes sociales renonce au port de vêtement de deuil pendant la guerre et, tout comme il est de coutume chez les hommes, ne manifestent extérieurement leur deuil qu'à l'aide d'un brassard, un bandeau autour du bras gauche en particulier. (...) Le deuil c'est l'affaire du coeur, et non pas du vêtement ".

Les obligations étaient, à côté des crédits de guerre, un moyen essentiel pour financer les dépenses de guerre de l'Empire allemand. Neuf emprunts ont en tout été lancés à un rythme semi-annuel correspondant à une somme totale de 97 milliards de Mark. Les acheteurs de ces obligations, qui aussi bien par sentiment patriotique qu'alléchés par des taux  intérêts attractifs, joint à la confiance en une victoire allemande, ont prêtés leur argent pour la continuation de la guerre appartenaient à toutes les couches sociales. Ces emprunts de guerre furent accompagnés de campagnes publicitaires en bonne et due forme dans les médias de l'époque, c'est-à-dire avant tout dans les journaux.

La publicité pour les emprunts de guerre est apparue également dans la "Lippische Post" (Le Courrier de la Lippe). On comparait fréquemment la souscription aux emprunts de guerre à une "bataille" qui se serait déroulée sur le "front de la patrie" et devrait vaincre l'ennemi. Ainsi s'exprimait la "Lippische Post" le 11 mars 1916 à l'occasion du quatrième lancement d'emprunt : "la quatrième souscription doit frapper l'ennemi et réduire en miettes le dernier pilier de son espoir. Il nous revient, à  nous qui sommes restés au pays, de mener une énorme bataille d'argent et de remporter une immense victoire, qui comme un violent coup de massue fracasse le dernier appui de l'ennemi, et l'arrache à ses mensonges et lui laisse saisir la dure réalité : l'Allemagne est invincible."

A côté de ces annonces dans la presse il y eût également des manifestations publiques. La photo ci-contre de la grand-place de Lemgo prise en direction de la salle de bal, montre une telle manifestation organisée pour une souscription aux emprunts de guerre. La date est incertaine, mais on en trouve cependant un compte-rendu dans le courreir de la Lippe du 16 avril 1918. Une "manifestation patriotique" y est décrite, qui pourrait correspondre à la photo tant par le déroulé que la thématique. "Vers 11h30 se rassemblèrent sur la grand-place de Lemgo de nombreux citoyens de la ville et aussi des environs pour ne rien manquer durant cette journée nationale si importante pour tout allemand, et au cours de laquelle tous se réunissent pour assister à la publicité pour notre grande bataille ici au pays. [...] L'orateur du jour, M. Nahrsted représentant impérial du directoire de la banque tint ensuite depuis l'escalier de la salle de bal un discours brillant, passionant, remarquable de compétence par son contenu sur les objectifs de guerre secrets de nos ennemis." Au-desus de l'entrée de la salle de bal on reconnaît un portait de Hindenburg.

La pression morale et extérieure qui s'exerçait sur les gens de l'époque pour qu'ils souscrivent aux emprunts de guerre était assurément grande. La famille de photographes de Lemgo Ohle fût également concernée par ces emprunts. Lina Ohle écrit le 4 mars 1916 à son mari mobilisé sur le front ouest "[...] Que penser des emprunts de guerre ? Je dois bien sûr souscrire, n'est-ce pas plus que juste que l'on serve notre pays de cette façon. Comme les combats doivent être is affreusement graves à l'Ouest. Que le Seigneur Dieu soit avec nous. Qu'il nous aide dans les combats et nous donne bientôt la paix". Trois jours plus tard  (7 mars 1916) elle reprend la question, sans doute parce que son mari pouvait déjà avoir réagi avec scepticisme à son intention. "[...] Ne devrais-je vraiment plus souscrire à aucun emprunt de guerre ? Nous ne saurions cependant vraiment pas mieux placer notre argent. Et dussions nous vraiment perdre ce que nous ne souhaitons bien sûr pas, alors on aura en tous cas pour notre argent ce qu'il reste en caisse. Peut-être souscrivons-nous encore 3, qu'en penses-tu ? Mais que le bon Dieu nous donne bientôt la paix tant désirée [...] Ecris moi cependant au sujet de ces emprunts. Ma mère peut encore souscrire pour 3000. Krull va lui décaisser l'argent. Le reste est encore là. C'est pourtant notre devoir sacré que de combattre nos ennemis aussi de cette façon [...]". L'espoir d'une victoire ne semble plus pour le moins aussi inébranlable chez Fritz Ohle, qu'il laisse sans crainte acheter des emprunts de guerre.

Non seulement les adultes dûrent investir leur épargne dans les emprunts de guerre, mais les enfants dans les écoles furent aussi systématiquement exhortés à souscrire à ces emprunts.   

Dans un article du journal relatif à ce sujet le Courrier de la Lippe du 11 mars 1916 répertorie comme significative la participation des écoliers à la souscription aux emprunts de guerre et exhorte les enseignants à renforcer la publicité pour ces choses patriotiques. Pour permettre une manipulation plus facile des petites ou minimales contributions des élèves la Caisse d'épargne de Lemgo émis des petites vignettes de participation qui après avoir été regroupées pouvaient être échangées contre une obligation de guerre ou respectivement impériale. Les bons de participation devaient être remis par les écoliers eux-mêmes. Il semble toutefois que la plupart du temps ce sont les maîtres d'école qui aient pris en charge l'organisation de la souscription pour leurs classes et leurs élèves.  

Il est difficile de juger dans quelle mesure les élèves ont pu agir de leur propre initiative ou plutôt sous la pression exercée par les maîtres. Le zèle patriotique a a certainement là aussi joué un rôle important.  

Dans la chronique scolaire de l'école St. Johann (StaL T 3/14, S. 30) Knappmeier rapporte sur l'engagement de ses élèves à l'occasion du 4ème emprunt de guerre : "[...] Notre école a également participé avec zèle au 4ème emprunt. Les élèves ont fait du porte à porte pour distribuer les formulaires de souscription et ont eux-mêmes participé à des souscriptions de 5, 10, 20, et jusqu'à 100 Mark. Au total la souscription s'est montée à 1560 Mark. Le contrat a été salué avec une joyeuse gratitude par son Altesse princière à l'issue de la classe du 31 mars." De manière analogue la 5ème souscription de 1916 fût également couronnée de succès : "Le 5 octobre fût le dernier jour de la cinquième souscription, qui apporta une contribution de 10,6 milliards. Les élèves et les maîtres d'ici ont contribué pour 1995 Mark." (StaL T 3/14, S. 32).