Bildausschnitt Fritz Ohle, Landesmuseum Detmold
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En 1900 et depuis la nuit des temps, Vandoeuvre est un village de vignerons et de paysans auxquels se mêlent quelques artisans. Le ban communal affiche une surface de plus de 900 ha. La population est de 2.500 habitants y compris les militaires (6 à 800 et leurs familles). A cette époque, on cultive pommes de terre, carottes et betteraves sur 84 ha. La vigne occupe 56 ha tandis que le blé, l’avoine, l’orge sont cultivés dans la plaine, sur 236 ha (là où 50 ans plus tard naîtra la Ville neuve). Les hommes assurent les gros travaux, labours, semailles, et autres, et les femmes mènent les vaches aux prés, puis à la traite. Elles sont à la cuisine et au lavoir.

Toute la famille est mobilisée pour la moisson, la fenaison, les vendanges. Mais, à la fin du XIXème siècle, la vigne est ravagée par le phylloxéra, et les vignerons doivent se tourner vers d’autres sources de revenus. Ils travaillent ici et là dans les ateliers, voire chez le « loueur de voitures à chevaux » qui occupe l’ancienne Maison Forte du village. Là ils soignent les chevaux, réparent roues et essieux. Après leur scolarité, les enfants entrent à l’usine dès 13 ans, pour quelques sous.

(Collection privée)
(Collection privée)

 interviennent à la demande.

Scieurs de long au Montet. (Collection privée)

une célèbre tuilerie a fonctionné à Brichambeau, dès le Moyen-Age fournissant les tuiles de nombreux hôtels particuliers Nancéiens, et même du Musée Lorrain alors Palais des ducs. Elle était actionnée par le ruisseau éponyme et soutenue par le duc René II qui la fit reconstruire après la Bataille de Nancy (1477). En 1900, une seconde tuilerie fonctionne au lieu-dit Monplaisir (ancienne rue du Montet devenue Général Leclerc), sous l’égide de M. Neukhomm.

Rue de Nancy (rue du Général Frère) au Clos Sainte-Camille tournent les aubes d’une teinturerie, mues par la force du ruisseau dit « des Fosses », futur ruisseau de Brichambeau. Quelques Vandopériens y sont employés. Cette teinturerie transformée en ferme avec grand parc d’agrément, étang et cygnes, devient en 1952 la 3ème mairie de Vandoeuvre. Elle est détruite en 1992.

A Monplaisir fonctionne encore au début du 20è siècle, une malterie ou sucrerie, réminiscence de l’usine de transformation de la betterave à sucre fondée à l’époque napoléonienne par Mathieu de Dombasle. La betterave à sucre était cultivée sur des dizaines d’hectares, entre le Montet et Monplaisir, sous l’égide de l’ingénieur agronome soucieux de contourner les conséquences du « blocus continental » instauré (contre l’Angleterre) par Napoléon et qui priva le peuple du sucre venant des Antilles. Mais le blocus levé, Mathieu de Dombasle n’ayant pas écoulé ses stocks, s’en trouva ruiné. Son invention de la charrue le sauva de la banqueroute. 

De nombreuses activités familiales sont issues de l’agriculture ou de l’élevage : maraîchage à Nabécor, et au Montet-Vélodrome, porcherie, fromagerie… au Montet.

(rue de Nancy, devenue rue du Gl Frère) rasée vers 1970, elle est réputée pour la qualité de sa terre bleue, dont le potier extraie des pots pour les conserves (cornichons, haricots, des jarres et des pots de fleurs), mais aussi des conduits pour l’eau, des carreaux pour les poêles en faïence. (photo M. Goutier potier).

Les mines de fer, au village et au Montet, fonctionnent jusqu’au début du 20è siècle.

Sortie de mine à flanc de coteau, au village ou au Montet. (Collection privée)
Wagonnet de minerai dans une galerie, au village ou au Montet. (Collection privée)
Le pont de la Mine protégeait les passants des accidents dus à la chute d’un morceau de minerai depuis les wagonnets qui descendaient du haut du village.
(Collection privée)

Les carrières de calcaire sont exploitées sous la côte de Brabois, par les Sociétés Bonardel, puis Nitelet.

D’énormes blocs de calcaire extraits du plateau de Brabois. (Collection privée)

Au sommet du plateau, près du cimetière, tourne un moulin qui produit de l’huile de pépins de raisins. Malgré une restauration en 1926, les vignes étant de plus en plus rares, il est désaffecté et tombe en ruine. Il apparaît sur les cartes postales et sur une peinture de 1922.

Le moulin à huile sur une peinture de 1922. (Collection privée)

Il y a aussi les commerces nombreux au village : 3 boulangeries, mercerie, 2 boucheries, 5 épiceries et 6 bars.

(Collection privée)
Commerces multiples au village. (Collection privée)
Restaurant au Noir de Fumée. (Collection privée)
Auberge secteur du Château d’eau. (Collection privée)

Les fermes, et métairies sont nombreuses ainsi qu’une bergerie (rue de Villers ancienne propriété des Prieurs, seigneurs de Vandoeuvre jusqu’en 1700)

(Collection privée)

les pompiers et autres personnels municipaux.

(Collection privée)

Au Vélodrome dès 1906, premiers loisirs de l’insouciante « Belle époque » très prisés. La brasserie de style Ecole de Nancy Art Nouveau ne désemplissait pas le dimanche pour le bonheur des Nancéiens, se montrant dans leurs plus beaux atours. On s’y réunissait les jours de courses cyclistes, mais aussi pour des repas gastronomiques, des bals avec orchestre, dans un décor rivalisant avec les grands restaurants Nancéiens… Alentour, les brasseries avec terrasses, jeux de quilles, balançoires, gloriettes isolées, étaient nombreuses.

(Collection privée)
La brasserie du Vélodrome Art Nouveau : ci-dessus intérieur, ci-dessous extérieur. (Collection privée)
Brasserie du Charmois. (Collection privée)
Ici en 1900, patinage sur l’étang Neukhomm alimenté par le ruisseau de Nabécor, au lieu-dit Monplaisir, non loin de la tuilerie. (Collection privée)
Jour de courses au vélodrome. On recrute du personnel local : guichet, surveillance, nettoyage… (Collection privée)
  • Le château Anthoine, alors propriété de M. Boniface, loueur de voitures à chevaux, a ses palefreniers, cochers, ferronniers, maréchal ferrant, et personnel de maison.
  • Le château du Montet, propriété du baron Fould, co-fondateur des fonderies de Pompey, exploitant la mine de fer a aussi un personnel nombreux.
  • Le château de Brichambeau est une demeure de plaisance dont le domaine a été cédé en partie à l’Armée, pour la caserne Drouot.
  • Le château de Brabois à Villers comporte une brasserie très fréquentée le dimanche où travaillent des Vandopériens, sa ferme exploite les terres vandopériennes et le parc requiert l’office de gardes champêtres dont certains sont Vandopériens.
  • Le domaine du Charmois a un régisseur, un fermier, et des employés de maison et d’entretien du parc.
  • Dans l’ancien relai de chasse ducal (Clair-Matin puis institut R. Carrel après 1950), des Vandopériennes aident les sœurs en charge d’un orphelinat de filles.
  • Les notables locaux emploient aussi du personnel principalement féminin.
(Collection privée)
(Collection privée)
(Collection privée)
(Collection privée)
(Collection privée)
  • Station de désinsectisation (nettoyage des matelas de crin, coton, oreillers de plumes) route de Mirecourt. 
  • Quartier militaire Drouot : personnel non militaire aux cuisines, habillement, intendance…
  • Usines : à l’emplacement du parc des loisirs se trouvaient deux usines : une vinaigrerie et l'usine du noir de fumée, une fabrique de matériau destiné aux pneus des premières automobiles.
Publicité sur le vinaigre produit à Vandoeuvre. (Collection privée)
L'usine du noir de fumée. (Collection privée)
Le quartier. (Collection privée)
Les ateliers. (Collection privée)
Deux publicités des pneus Hutchinson dont la matière première provenait de l’usine Vandopérienne. (Collection privée)
Deux publicités des pneus Hutchinson dont la matière première provenait de l’usine Vandopérienne. (Collection privée)

Du côté du quartier Tourtel, né peu avant la Première Guerre, des Vandopériens pour lesquels une « cité ouvrière » avait été créée, travaillaient dans l’usine des textiles Lang située à Nancy-Bonsecours.

(Collection privée)
(Collection privée)

La plus célèbre pourvoyeuse d’emplois fut l’Usine du Noir de Fumée au centre du territoire Vandopérien (aujourd’hui centre commercial et tour des affaires «  Les Nations »). Créée en 1889, par la famille Crocquetaine, l’usine désaffectée depuis 1955 a été incendiée en 1968. Le feu dura trois jours. A midi il faisait nuit !

Pneus pleins des premiers véhicules à moteur, bande de roulement des pneus à gonfler, les firmes Dunlop et Hutchinson figuraient parmi les clients de l’usine dont le panache de fumée noire était visible de loin et envahissait tout, maisons, linges, aliments et corps humains… Peu d’ouvriers arrivaient à l’âge de la retraite. Nez, gorge, poumons, estomac, les organes étaient très vite attaqués par la nocivité du produit qu’ils devaient aller gratter sur les parois refroidies d’immenses fours (50 m de tubes) où les composants chimiques, naphtalène et autres avaient été portés à des températures de plusieurs centaines de degrés. Ils entraient au Noir de Fumée comme on entre en religion, et ce, de père en fils (dès 12-13 ans). La paie était bonne et la famille prise en charge par le patron (aide médicale gratuite, colonies de vacances pour les enfants, bons de pommes de terre et de charbon, assistance aux familles des ouvriers décédés…) Tout un quartier s’agglutina autour de l’usine avec des maisonnettes faites de matériaux de récupération. Souvent le sol était de terre battue, et les murs en tôle. La maisonnette s’agrandissait avec les naissances. Seuls les contremaîtres pouvaient s’offrir une vraie maison. Le silence n’était pas de mise dans ce quartier si pollué. Le bruit aussi était omniprésent. Dès le matin les régiments investissaient le stand de tir. La vie était rythmée par le souffle des fours et par la sirène de l’usine (gueulard) qui sonnait de jour comme de nuit. Deux flux d’ouvriers se croisaient alors. Les uns, fourbus, rentraient portant encore les stigmates de la suie malgré les douches. Pas de gants éponge pour la toilette, mais plutôt des brosses dures pour chasser la suie incrustée qui tatouait la moindre petite blessure. Avant d’entrer dans le four, les ouvriers s’enduisaient le tour des yeux avec de l’huile pour ne pas risquer de plaies au décrassage. Les autres ayant revêtu leur bleu de chauffe que la suie faisait « tenir debout », malgré les lavages dans l’eau du lavoir proche, partaient pour huit heures en enfer… souvent après une nuit à tousser à s’arracher les poumons. Mais l’usine ne devait jamais s’arrêter, alors si la relève n’était pas arrivée, ceux de la précédente « fournée » en enchaînaient une seconde, à gratter, pelleter dans les sacs de jute, le matériau poisseux. Matériau qui ressemble aujourd’hui au « toner » en poudre dont s’abreuvent nos imprimantes Offset.  

Le quartier n’avait rien de campagnard et pourtant il était entouré de jardins, de prés, et d’un grand domaine, celui du château de Charmois. Tout ce que les ménagères cultivaient devait subir de nombreux lavages avant d’être à peu près débarrassé de la suie rejetée par les cheminées. Le linge oubliait très vite qu’il avait été blanc. Gare à lui, si la ménagère l’avait laissé dehors sur son fil à sécher alors que l’orage ou la pluie menaçaient. La moindre goutte et le drap blanc était maculé de traînées grises… 

Il y avait deux restaurants qui faisaient terrasse aux beaux jours. Encore fallait-il composer avec le sens du vent, car les pâtes au beurre ressemblaient très vite à des pâtes à l’encre de seiche… (variété alors inconnue !)

L’usine de Vandoeuvre participa à «  l’effort de guerre », ne serait-ce qu’à travers les pneus Dunlop ou Hutchinson des taxis de la Marne… Les enfants et les ouvriers non mobilisés remplacèrent alors leurs fils, frère, cousin, partis sur le front, pour un autre enfer.

Après La Seconde guerre, l’usine avait élargi ses activités, fournissant les usines de peinture Ripolin, imprimeries, mais aussi l’industrie chimique et les laboratoires médicaux.

L’incendie qui s’y déclara en 1968, alors que ses bâtiments étaient désaffectés, fut visible à 30 km, et le nuage porté par le vent déposa les cendres de l’usine jusque sur les ballons vosgiens …

(Collection privée)