Bildausschnitt Fritz Ohle, Landesmuseum Detmold
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Themenübersicht zum Jahr 1914

Foules en liesse, entonnant des chants patriotiques et agitant des drapeaux, devant des colonnes de soldats enthousiastes partant pour la guerre, - ainsi se représente-t-on depuis longtemps le déclenchement de la guerre en Allemagne. Ce que l'on désigne par "Expérience d'août" 1914 forge ainsi rétrospectivement l'image d'un peuple uni et euphorique saluant joyeusement l'entrée en guerre. La science historique en donne aujourd'hui une vision qui s'en démarque clairement.

Pour Lemgo l'image et l'ambiance en août 1914 (Mobilisation 1er août) sont difficiles à cerner, car on ne dispose pratiquement d'aucune source. 

La photo ci-dessus montre une scène de rue à Lemgo (probablement Haferstrasse) au début de la guerre. De nombreux jeunes garçons en costumes de marins (typiques pour l'époque) se tiennent devant une porte sur laquelle sont collés des ordres et appels à la mobilisation.

Dans les éditions de Lemgo du Courrier de la Lippe on trouve en juillet et août des indications sur l'ambiance dans la ville. Le 31 juillet 1914 le journal rapporte que "la gravité de la situation politique" se manifestait aussi à Lemgo. "Il règne dans les rues, en particulier dans la Mittelstrasse, une intense animation, et l'on attend fiévreusement les bulletins spéciaux. Il s'agissait naturellement de savoir si et quand l'Allemagne allait déclarer la guerre.

Le 7 août 1914 les premières victoires en Belgique donnaient l'occasion d'exulter. On écrivit le 8 août dans le Courrier de la Lippe : "Hier au soir se produisit une manifestation enthousiaste devant la rédaction. A peine le bulletin spécial avec la nouvelle de la prise de Liège par nos troupes fût-il affiché dans la vitrine qu'en un instant un grand nombre de personnes se trouva rassemblé. Tous se pressaient contre la vitrine pour lire de leurs propres yeux la nouvelle du premier grand succès de nos troupes en lutte contre la France. Une allégresse indescriptible parcouru la foule, qui là-dessus entonna avec entrain Heil Dir im Siegerkranz"   et "Deutschland, Deutschland über alles ". Pendant encore longtemps la vitrine fût assaillie par une foule nombreuse. Puissent avec l'aide de Dieu d'autres victoires suivre bientôt ce premier succès".

Les notes manuscrites du sacristain et maître d'école Karl Knappmeier dans sa "Chronique de l'école St Johann I Ouest" entreprise en juillet 1925 (Archives de la ville de LemgoT 3/14) transmettent une impression plus précise des mois de juillet et août.

Il écrit : "Le 25 juillet commencèrent les vacances d'été. Les champs étaient mûrs pour la moisson. On voyait déjà briller la faux dans les épis craquants. Les gerbes pleines se dressaient. Le travail de la moisson commença plus tôt qu'habituellement, alors que la sueur au visage était engrangé ce qui avait été semé avec autant d'espoir. Toutes les mains, y compris celles des enfants, devaient maintenant rudement s'y mettre. Par de "Joyeux Au revoir !" les maîtres et leurs élèves se séparèrent ainsi le 25 du mois des moissons. Nous n'avions alors aucune idée pour quel grand travail de récolte les hommes de l'Allemagne allaient bientôt devoir être appelés, ni combien plus et sur un plus beau champ devrait être engagé. N'en avions-nous vraiment aucune idée ? Notre cœur ne trembla-t-il pas lorsqu'arriva à nos oreilles l'horrible nouvelle de l'assassinat de Sarajevo du 28 juin 1914  ?– Les yeux de nos enfants se remplirent de larmes du fait de la souffrance ainsi infligée à notre bien-aimé Empereur. 

A peine une semaine s'était écoulée que déjà surgissaient dans nos moissons à nos frontières les destructeurs. Les sabots des chevaux des cosaques piétinaient nos champs. La faux fût remplacée par l'épée. Le 1er août à six heures de l'après-midi retentit également dans notre ville et la campagne alentour le mot : "Mobilisation". Dès le dimanche matin du 2 août les pères de famille et les jeunes gens exécutèrent les ordres d'appel sous les drapeaux. De graves paroles retentirent au cours de l'office religieux. Le Psaume 46. A la fin l'assemblée se leva et chanta de façon sonore : "Ein‘ feste Burg!" (Ein feste Burg ist unser Gott, C'est un rempart que notre Dieu, paraphrasant le psaume 46, est le plus connu des cantiques de Martin Luther).

Après les jours de pénitence, le 5 août, les engagés volontaires s'enrôlèrent. Un nombre imposant également pour notre commune ! Parmi anciens les élèves de l'École St Jean depuis 1905 s'engagèrent en répondant avec joie à l'appel de l'empereur bien-aimé : au total jusqu'au 1er octobre 1915 – 32 jeunes hommes dans la fleur de l'âge. Dieu soit à vos côtés ! Vous nobles volontaires ! Il est vraiment bienheureux celui qui sait mourir pour Dieu et sa chère Patrie ! Que vos nobles noms soient bénis – pour l'éternité ! 

Quotidiennement s'effectuaient de nouveaux appels sous les drapeaux. Les appelés se dirigeaient vers la gare alors que retentissaient les chants "Wacht am Rhein", "Deutschland über alles" accompagnés par le chœur de trombones de l'amicale des jeunes. Des centaines, des milliers les accompagnaient et attendaient recueillis le long du ballast jusqu'à ce que le long convoi disparaisse aux regards. "Au revoir Adieu !" à vous combattants d'une guerre sainte.

Cela devint de plus en plus silencieux et grave dans notre commune. Tous les soirs nous nous réunissions dans la maison de Dieu pour une grave heure de prière. Même notre jeunesse. Même eux ressentaient la gravité de la période historique [...]".

La description est naturellement fortement empreinte de patriotisme et de nationalisme, et transpire à l'évidence l'esprit de l'époque. Mais il y avait clairement bien une ambivalence du ressenti. D'un côté l'engagement résolu dans la guerre, pour défendre la Patrie supposée agressée, et d'autre part le "Silence" et la "Gravité". Un "Hourra-Patriotisme" sans faille n'était encore pas de mise. La foi en une guerre sainte, à laquelle n'échappaient pas non plus les élèves garçons, fait cependant déjà partie de l'interprétation (protestante) de la guerre et cette idée se trouvera constamment martelée par Knappmeier dans sa chronique.scolaire.

Lors du conseil de la ville de Lemgo du 17 août 1914 (Stadtarchiv Lemgo A 503) le président Schulz ouvrit la réunion "[...] avec un discours énergique dans lequel en pointant la gravité de l'heure il serait exigé de chacun un sacrifice [...]". Les conseillers de l'assemblée municipale décidèrent de réserver 10 000 Mark pour les dépenses requises à venir du fait de l'état de guerre. Cette somme devait être utilisée pour la protection policière, l'assistance aux familles des soldats tombés au combat, et pour les plus "faibles citoyens de la ville" en particulier les "pauvres timides". L'achat de denrées alimentaires est également projeté en pensant à un cantonnement et à l'aménagement d'une soupe populaire. La ville, l'Église et l'association patriotique des femmes devaient travailler ensemble pour permettre le meilleur soutien social. Il devint clair du côté des décideurs politiques que l'on était également prêt comme les soldats, à apporter son "offrande", au service de tous. Ceci est certainement envisagé comme un signal pour l'extérieur.

Le maître d'école Fritz Krumsiek (12.11.1877 - 11.3.1967) décrit dans sa chronique d'école débutée en 1914 pour la Volksschule Wiembeck (Stadtarchiv H 10/78) l'atmosphère à Detmold et alentour en août 1914 :

"[...] Ensuite vint l'ordre de mobilisation : dans tous les coins de notre Land l'appel impérial fût placardé ! D'un coup, d'appréhension notre sang ne fit qu'un tour, mais ensuite éclata l'enthousiasme d'une façon que l'on eût jamais cru possible. Tous unis ! Un seul peuple ! Une volonté ! Prêt au sacrifice ! [...]" La trêve politique annoncée par l'Empereur Guillaume II "Je ne connais plus aucun parti, je ne connais plus que des Allemands" semble rétrospectivement avoir été à l'origine du ressenti de Krumsiek. La tonalité de son point de vue est d'une manière générale positive, et même la recherche quelque peu nerveuse d'espions ne parvient pas à troubler son regard sur les choses : "Ma femme et moi allâmes à Detmold pour nous faire une idée de la vie et de l'animation. Les routes qui menaient à Detmold étaient à de nombreux endroits barrées par de longues chaînes, avec des hommes en armes. Le long des voies ferrées, en particulier sur les ponts se tenaient aussi des sentinelles en armes. On flairait partout la présence d'espions, une automobile étrangère transportant beaucoup d'or devait même circuler et être intercepté. Sur la lande de Jexter s'exerçaient des aéroplanes. Les vols étaient encore très imparfaits, mais quel développement plus tard durant la guerre ! [...] A Detmold même il y avait un enthousiasme comparable à celui qui pouvait avoir régné à Breslau en 1813. La ville était pleine de réservistes et de leurs proches. Partout une ambiance joyeuse et confiante. [...] Nous rencontrâmes à Detmold de nombreux collègues, qui étaient incorporés ou qui envisagaient leur incorporation pour les jours suivants. Ce furent des jours édifiants et inoubliables !"

En Septembre 1914, le conseil d'établissement de l'école primaire de Lemgo se tourna vers la municipalité, pour faire savoir que l'on était prêt à mettre à disposition le bâtiment scolaire de la Echternstraße en vue du possible hébergement d'une école de sous-officiers. Une demande du gouvernement princier, de mise à disposition d'un bâtiment approprié, était de fait auparavant parvenue à la ville.

Le conseil d'établissement motivait ainsi sa décision:

"Il est vrai que nous rassemblons un grand nombre de classes et d'enfants dans un bâtiment scolaire et une cour d'école, mais cette situation est seulement temporaire, et puis en premier lieu il s'agit de la patrie allemande, et puis d'autre part nous pourrions peut-être obtenir pour notre propre ville, l'école de sous-officiers en tant qu'établissement permanent, car nous pensons pouvoir également supposer que les autorités militaires et la ville maintiendront l'école après la guerre. Nous prions maintenant le consistoire princier d'approuver notre décision et d'entériner le projet d'établissement pour le bien de la patrie et de la ville de Lemgo "(Sta LA 2256 186r - 187V).

Les espoirs des enseignants de l'école primaire de Lemgo, quant à une implantation de longue durée d'une école de sous-officiers à Lemgo, ne se concrétisèrent toutefois pas. Dans le compte-rendu du conseil municipaal du 26.10.1914 (cf. StL A 503) était déjà consigné le fait que l'école de sous-officiers irait finalement à Münster.

Après l'échec dans le cas de l'école de sous-officiers on forma une commission réunissant des conseillers et l'administration municipale. La Commission devait se charger du cantonnement militaire à Lemgo. Cette démarche fut encore une fois soutenue par les enseignants de l'école primaire, qui dans une réunion du conseil d'école du 11/3/1914 proposèrent d'héberger au moins une partie des soldats dans l'école des garçons de la Echternstraße à partir du 15 Novembre. Les enseignant déclarèrent agir, " [...] dans l'intérêt de la patrie et des citoyens, qui seront ainsi exemptés du cantonnement [...]» (A 188 R 2,256 STL. U.-Siège. 189r). Après usage l'école devait être rendue dans son état initial par les militaires. C'etait la condition posée par la commission scolaire à son accord.

Au cours du conseil municipal qui s'est tenu le 30/11/1914, le maire Höland aborda dans un long discours le proche cantonnement et exhorta les citoyens à l'accueillir avec bienveillance, de sorte que Lemgo puisse à l'avenir devenir de façon durable ville de garnison (cf. StL A 503).

A Lemgo fut basé le IIème bataillon de réserve du régiment d'infanterie 67 (en abrégé II / 67). (Pour la référence ci-après StL S 462 Chronique de l'administration de la place militaire de Lemgo, avec les pièces sur l'histoire de la garnison de Lemgo). Le 1er décembre 1914 arrivèrent à Lemgo deux compagnies du régiment de réserve 67. Le bataillon se composait de 4 compagnies plus une compagnie de blessés établie ultérieurement. De toute évidence, la capacité de l'école primaire de l'Echternstraße ne fut pas suffisante pour accueillir la totalité des unités militaires, ainsi que les enseignants l'avaient espéré, de sorte que l'on dût de nouveau se rabattre sur le cantonnement privé. Cela s'était déjà produit dans les siècles précédents, lorsque des militaires avaient à être transférés à Lemgo.

La Compagnie de blessés a été logée dans la Schützenhaus, la cantine avec son administration dans l'école primaire de la Echternstraße, le quartier général et la trésorerie avec le magasin d'habillement dans la Waisenhaus, un autre local de l'école primaire de Lemgo, et le corps de garde principal du bataillon dans la Ballhaus sur la place du marché. L'emplacement de tir de la Schützenhaus servit de terrain d'exercice et le Biesterberg fut utilisé pour les manoeuvres sur le terrain. Dans l'ancienne vieille Töchterschule (probablement la Süsterhaus, siège aujourd'hui des archives municipales) ont dû se trouver des cellules de détention.

Le bataillon prit en bail environ 22ha de terres arables, qui furent cultivées par les soldats en régie propre. Les officiers prenaient ensemble leurs repas à l'Hôtel Losch (Mittelstraße 54). Dans paysage urbain, les soldats se montraient lors de manoeuvres de terrain ou à l'occasion des prestations de serment sur la place du marché de Lemgo.

Lors de la réunion du Conseil municipal du 14/12/1914 on admit la nécessité de procurer des plans de ville, car ils étaient indispensables aux soldats de la garnison. Le 22 avril 1915, 778 soldats supplémentaires durent être transférés à Lemgo. L'effectif total de la garnison totalisa ainsi 1 878 hommes.

Lorsque la guerre éclata en 1914, la plupart des Allemands s'attendaient à ce qu'elle soit courte et violente. Le maître d'école Krumsiek de Wiembeck le formule rétrospectivement ainsi, dans sa chronique de l'école et de la guerre, en 1924 : "A l'époque, on était d'avis dans les cercles de spécialistes que la guerre, compte tenu du niveau de la technologie militaire et des millions de soldats engagés, pourrait durer au maximum six à huit semaines. Comment pourrait-il en être autrement!"(Stadtarchiv H 12/78). Dans les préparatifs de guerre, les opérations militaires et tactiques avaient certes été prévues, mais le financement de la guerre et le ravitaillement de la population civile avaientt été négligés. Cela devait se payer avec le début du blocus naval britannique. L'Allemagne, dépendante de ses importations, fut brutalement coupée de toutes les ressources extérieures (en matières premières, denrées alimentaires ...).

Les soupes populaires déjà connues dans les grandes villes pendant la Première Guerre mondiale trouvèrent également leur équivalent dans une soupe populaire de Lemgo, qui fut établie par l'association patriotique féminine dans le "Siechenhaus", (c'est-à-dire dans les anciens bâtiments conventuels des Franciscains sur le Rampendal, aujourd'hui centre paroissial St. Johann). La soupe était à 25 Pfennig, avec des cartes de rationnement alimentaire délivrées par l'Hôtel de Ville, ou gratuite. LP, 19/11/1914.

Les obligations étaient, à côté des crédits de guerre, un moyen essentiel pour financer les dépenses de guerre de l'Empire allemand. Neuf emprunts ont en tout été lancés à un rythme semi-annuel correspondant à une somme totale de 97 milliards de Mark. Les acheteurs de ces obligations, qui aussi bien par sentiment patriotique qu'alléchés par des taux  intérêts attractifs, joint à la confiance en une victoire allemande, ont prêtés leur argent pour la continuation de la guerre appartenaient à toutes les couches sociales. Ces emprunts de guerre furent accompagnés de campagnes publicitaires en bonne et due forme dans les médias de l'époque, c'est-à-dire avant tout dans les journaux.

Le 13 février, 1915, un contrat fut conclu entre l'Association patriotique des femmes, la Fondation Wolff, la ville de Lemgo et le bureau régional de la Croix-Rouge à Detmold, en vue de l'établissement de lazarets associés avec 100 lits dans les bâtiments de la Fondation Wolff et du foyer "Herberge zur Heimat". Le gérant des lazarets associés était l'organisme régional qui avait reçu de l'intendance du VIIème corps d'armée une subvention pour les frais de fonctionnement.

Outre la compagnie de blessés de la garnison dans la "Schützenhaus", il y avait donc ainsi à Lemgo deux lazarets associés. L'hôpital de la Fondation Wolff mit à disposition de la Croix-Rouge une capacité en lits de 50 - 70 et 30 autres lits à l'hospice ("Siechenhaus" St. Johann). Le foyer "Herberge zur Heimat" au 49 de la Breite Straße 49 servit de maison de convalescence.

Ce chiffre de 100 lits a également été annoncé par le maire Höland aux «délégués territoriaux des infirmiers bénévoles pour la Principauté de la Lippe" le 21/8/1914. Les coûts de ravitaillement devaient être  apportés pour 25 lits par la Fondation Wolff, et pour les 75 lits restants grâce à des dons privés; la ville devant  seulement apporter le complément si cela ne suffisait pas (Salomon Meier, p 56).

Dans un article paru dans la Lippe Post du 27 Août 1914 la Princesse Carola zur Lippe fit un appel aux dons de sommiers, draps et serviettes pour ce projet. Elle justifiait cet appel: "Dans la vieille honorable ville de Lemgo vit encore et toujours l'esprit allemand et dévoué de la Hanse, qui aide fraternellement, là où la Patrie est en détresse.» Elle-même est apparemment en première ligne dans toutes les actions de charité (voir ci-dessous) à Lemgo. Dans une lettre de remerciement datée du 29 Août 1914, (publié dans la LP du même jour) il est question de dons de 17 lits et autres articles utiles.

En septembre 1914, arriva alors le premier transport de blessés à Lemgo. Selon un rapport publié dans la LP du 28 septembre 1914 il s'agissait de 40 soldats, blessés légers pour la plupart, qui furent amenés à la "Fondation Wolff" avec des attelages et des voitures automobiles. Que la dernière phrase de l'article "Ils [les soldats blessés] sont sans exception de bonne humeur et sont impatients de se trouver de nouveau en contact avec l'ennemi." soit exacte, est peut-être une question ouverte.

Dans un rapport sur la visite du Prince de Lippe en février 1915 (LP, 23/02/1915) on en apprend davantage sur les locaux du lazaret dans la «nouvelle auberge". Il y avait une salle de jour, des chambres (pour les 28 blessés à ce moment là) et un bloc opératoire.

Avec le déclenchement de la guerre, l'antenne de l'Association patriotique des femmes de Lemgo appela dans le Lippische Post du 17 août 1914 à une collecte d'objets en or et en argent pour remplir les caisses de l'Association et ainsi être en mesure d'aider les blessés.

Le 21 août 1914, eut lieu un nouvel appel. Cette fois, il s'agissait de dons de bienfaisance, dont la collecte fut organisée dans un poste de collecte central dans la Stiftstraße. Comme dons de bienfaisance, 

on acceptait notamment : des cigares, du tabac, du chocolat, des gâteaux, de la limonade, du vin, du jambon fumé et des saucisses, des conserves et du savon. Comme la guerre se poursuivait, le sens des cadeaux de bienfaisance commença à perdre en importance. Dès 1916, on se plaignait de la disposition générale en déclin à l'heure de faire des dons.  Début 1917, le site de collecte de dons de bienfaisance fut complètement fermé.

Sous la direction du couple de professeurs Winter, de la laine, propriété de l'association et de l'administration de l'armée, fut utilisée pour fabriquer des paires de chaussettes pour les soldats. Les femmes et les jeunes filles qui tricotaient les chaussettes étaient rémunérées. Le paiement d'une rémunération provient d'un article paru dans le Lippische Post du 31 août 1914 qui appelait à ne pas voler le travail aux femmes issues des couches sociales les plus pauvres (c'est-à-dire les femmes des soldats), à travers le travail bénévole des associations de femmes, qui, elles, pour la plupart, étaient issues de familles plus aisées.

Pour le travail de bienfaisance, la ville avait été divisée en huit districts, chacun attribué à une dame de l'association. La population dans le besoin recevait des denrées alimentaires (de la LWG) et de l'argent. 

En outre, il y avait aussi des activités de blanchisserie pour les femmes dans le besoin ou enceintes, pour soulager leurs souffrances. 

Le bureau d'assistance aux prisonniers de guerre de l'association prenait soin des prisonniers de guerre allemands à l'étranger, en leur envoyant des colis et de l'argent ou des cadeaux à Noël (gâteaux, cigares...). 

Dans la vieille école de Töcter (maintenant, archives municipales), un cours de chaussure fut mis en place pour remédier au manque de chaussures en les fabriquant soi-même. L'association participa également, avec une somme d'argent considérable, à la collecte destinée aux soldats qui étaient de retour (les cadeaux dits de remerciement aux soldats).

Au cours de la première réunion du conseil d'administration de la colonne sanitaire, le 08/10/1914, les membres de la colonne Sternheim, Kreimeier, Richter, Schlüter, Dohl et Brokmann se déclarèrent bénévoles pour les soins infirmiers de guerre. Leur équipement devait leur être fourni par la colonne. L'association patriote des femmes et l'Association des femmes juives apportèrent respectivement 250 et 30 marks pour compléter leur équipement.

Pour les transports des blessés, des auxiliaires brancardiers devaient être formés sous la direction du Conseil de la santé Heynemann, la première information relative au décès d'un membre de la colonne sanitaire tombé au front date d'octobre 1914. Dans le même temps, il fut décidé d'envoyer aux 21 membres des colis contenant des cigares, du tabac et des cartes postales.

Dans le Lippische Post du 20 août 1914, le TV Lemgo se montra patriotique et combatif, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre. L'appel à se serrer les coudes et à se battre pour la victoire finale s'était répandu tant parmi les gymnastes au front que parmi ceux qui étaient restés chez eux. Le TV Lemgo fit don des fonds qu'il avait recueillis jusque-là pour ériger un monument de Jahn de soutien et d'aide aux femmes des soldats et à leurs familles. La somme devait être encore augmentée par des fonds propres de l'association. En septembre 1914, 51 gymnastes de TV Lengo étaient au front.

Dans les archives du TV Lemgo (dépôt dans les archives municipales Lemgo), figure une collection de lettres de poste de campagne, envoyées par des gymnastes depuis le front à l'association et à leur famille. Au total, 8 lettres et 97 cartes postales y sont conservées.  La moitié date de l'année 1914, un tiers de l'année 1915 et le reste des années 1916 et 1917. Il s'agit souvent de lettres de remerciement pour les colis et les cadeaux de Noël reçus ou tout simplement de marques d'affection à ceux qui sont restés chez eux.

Dans une lettre provenant du front de décembre 1914, on rapporte aussi les fêtes de Noël particulières célébrées sur le front anglo-allemand :

"Nord de la France, le 27 décembre 1914. Chers camarades du club de gymnastique, tout d'abord, je vous remercie pour ce joli paquet de Noël, qui m'a beaucoup réjoui. […] Nous avons célébré Noël ici sur place ; nous avions un petit arbre de Noël que nous avions décoré en conséquence dans notre abri. La bière de Dortmund n'a également pas manqué. La journée s'est passée tranquillement, l'infanterie avait accordé une trêve et des visites réciproques ont été faites dans les tranchées, beaucoup d'Anglais parlaient un peu l'allemand et nous avons été en mesure de communiquer avec eux. Leur moral n'était pas bon. Ils n'avaient pas de pain et ne recevaient plus les journaux de leur pays. Nous avons donc fait du troc. Jusqu'à maintenant, on leur avait raconté les grandes victoires des Russes, à travers nos journaux, ils ont pris connaissance d'autres informations et savent désormais de quoi il retourne. […] Merci beaucoup et je vous embrasse fort jusqu'à la prochaine Votre Ernst Blübaum".

Une carte postale de campagne montre les marques d'amitié du TV Lemgo aux gymnastes au front le jour de l'Ascension de 1916. Cette carte est revenue pour n'avoir pas pu être remise au destinataire, et c'est probablement la raison pour laquelle elle figure parmi la collection. La misanthropie de la guerre est démontrée dans une autre carte postale de campagne sous l'intitulé « Salutations de la Pologne russe », où figure un dessin comparant un juif russo-polonais à un pou russo-polonais. Malgré la participation de nombreux soldats juifs dans l'armée allemande, l'antisémitisme n'était pas un phénomène inconnu.

Les associations d'anciens combattants étaient bien représentées dans le royaume ; chacune des communautés des environs possédait généralement sa propre association d'anciens combattants. À Lemgo, l'association des anciens combattants est (probablement pour la première fois) mentionnée dans le cadre d'une célébration de Sedan en 1879. Les groupements d'associations semblables étaient les compagnies de jeunes (sous la direction du directeur de lycée Schurig) et la colonne sanitaire (dirigée par Adolf Sternheim). Il existait aussi une école d'escrime apparemment ; ses activités s'arrêtèrent néanmoins au plus tard en janvier 1918.

Lors de l'Assemblée générale extraordinaire de l'Association d'anciens combattants du 10 août 1914 (LP), son premier président (Bollhöfner), qui avait été appelé, fut remplacé par un membre honoraire (le médecin-conseil, Dr Heynemann). Une commission de soutien devait soutenir les familles des camarades de l'association appelés au front. Parmi les membres de l'association figuraient, entre autres, l'avocat juif Wahrburg de Lemgo, le chef de la colonne sanitaire de Lemgo et le citoyen juif Adolf Sternheim.

La génération des soi-disant enfants de la guerre, nés entre 1901 et 1914, a grandi dans un environnement d'autorité, de contrainte, d'entraînement, de patriotisme et de sacrifice inconditionnels. L'objectif de devenir soldat et de pouvoir se battre pour la patrie était un désir normal pour un garçon allemand à l'époque de l'Empire. L'influence du caractère militaire de l'époque se reflétait aussi à Lemgo à travers les soldats de la garnison :

"Surtout nos jeunes se sont félicités de la vie militaire, ils accompagnaient les troupes dans leurs marches, prenaient part à leurs exercices dans le Grevenmarsch et chantaient avec eux les belles chansons de soldats. Nous avons vu le creusement de tranchées, écouté les exercices nocturnes, entendu le rugissement des grenades et des mines. On pouvait ainsi se faire une petite image des travaux et des prestations de nos héros sur le front". (chronique de l'école de St Johann).

Lors de la mobilisation générale, de nombreux élèves femmes et hommes s'étaient enrôlés dans l'armée en tant que volontaires de guerre, également à Lemgo.

« Après les jours de pénitence, le 5, les volontaires s'enrôlèrent. Quel grand nombre de volontaires provenant de notre communauté ! 32 élèves de l'école St Johann se sont enrôlés depuis 1905, pleins de joie pour répondre à l'appel de leur empereur bien aimé : au total, au 1er octobre 1915 - 32 jeunes dans la fleur de l'âge.  Que Dieu soit avec vous ! Vous, nos courageux volontaires de guerre ! Bienheureux celui qui sait mourir pour Dieu et sa chère patrie ! Votre noble nom sera immortalisé !» (chronique de l'école de St Johann).

Ou de la chronique de l'école de Wiembeck :

"Les jeunes étaient particulièrement impatients. Ils avaient peur d'arriver trop tard et auraient tellement souhaité y participer aussi. (…) Les classes supérieures des écoles supérieures quittaient les pupitres et s'enrôlaient sous le drapeau ; parmi eux, il y avait de jeunes hommes d'à peine 17 ans et qui souvent parcourraient 5 ou 6 garnisons en priant d'être enrôlés. La formation durait à peine 10 semaines, de sorte que certains parvenaient à peine à savoir utiliser le fusil quand ils partaient au champ de bataille, et les exploits accomplis en Flandre par ces jeunes Allemands (parmi lesquels figuraient de nombreux citoyens de Lippe) qui prenaient d'assaut les tranchées ennemies en chantant l'hymne national allemand sont inoubliables. Mais la mort avait fait une récolte cruelle parmi eux et maintenant il est inconcevable et désolant pour nous maintenant de voir comment il était possible d'envoyer des enfants si insuffisamment préparés et formés à une mort certaine. Mais à l'époque, on avait besoin de relève !"

De nombreux bacheliers ou même des élèves des classes supérieures du lycée de Lemgo s'étaient également enrôlés volontairement dans l'armée pour servir la guerre.  Selon la publication du 350e anniversaire de l'école, les volontaires étaient : Theodor Gleis (Bethel), Fritz Kampmann (Lieme), Friedrich Klemme (Brake), Erich Krügermeyer (Lemgo), Heinrich Kuhlmann (Lemgo), Hans Lindemann (Lemgo), Johannes Schmidt (Lemgo), Ernst Tewesmeier (Brakelsiek), Siegwart Volland (Lemgo), Theodor Waubke (Bielefeld), Walter Wiegrebe (Barntrup), Heinrich Brinkmeier (Wahmbeck), Martin Brinkmeier (Hardissen), Karl Corvey (Hohenhausen), Georg Fassemeier (Bentorf), Wilhelm Höthker (Lemgo), Karl Klein (Dillenhütten), Friedrich Varenholz (Lemgo), Karl Wachsmuth (Oerlinghausen), Wilhelm Mesch (Laubke), Fritz Müller (Lemgo), Erich Fleege (Lemgo), Fritz Begemann (Wendlinghausen), Erich Kuhlemann (lemgo), Friedrich Brandes (Lemgo) et Ernst Trabant (Lemgo). Une plaque commémorative pour les élèves morts à la guerre réalisée plus tard par Walter Stein portait plus de ces noms...

Les étudiants plus jeunes qui n'avaient pas encore été enrôlés ou qui étaient trop jeunes pour pouvoir s'enrôler dans l'armée comme volontaires de guerre pouvaient d'abord participer aux exercices des brigades de jeunesse.

La base pour le travail des brigades de jeunes à Lippe était le décret prussien concernant la préparation militaire de la jeunesse pendant la mobilisation. Le groupe ciblé était les jeunes entre 16 et 20 ans qui devaient recevoir une préformation militaire. Dans ce domaine, des associations d'anciens combattants se sont également engagées ; la formation était aux mains d'anciens soldats (vétérans). La direction à Lemgo était assurée par le directeur de lycée Schurig. À Brake, une brigade de jeunes s'était formée presque en même temps sous la direction du médecin-conseil Dr Alter (Lindenhaus). Selon un rapport du Lippische Post du 3 décembre 1914, il y avait à cette époque à Lippe 3 000 garçons qui avaient intégré les brigades de jeunes. Elles étaient régies sur le principe du volontariat, même si l'on exerçait une pression en lançant des appels constants aux sentiments patriotiques, à l'« honneur » et à la conscience du devoir des jeunes. Depuis novembre 1914, des articles orientés dans ce sens étaient publiés régulièrement dans le Lippische Post.

À la suite de cette publicité, le 8 novembre 1914, environ une centaine de jeunes se rassemblèrent dans la cour du lycée de Lemgo. On commença par des exercices, qui n'apportèrent pas le succès escompté, de sorte que davantage de soirées d'exercice furent mises en place, qui eurent lieu deux fois par semaine en décembre 1914. L'acquisition de l'équipement nécessaire fut soutenue par la ville avec 500 marks (LP, 15/12/1914).

L'assiduité des jeunes aux exercices était problématique. Dans un article dans le Lippische Post du 28/09/1915, paru un encouragement à y participer, car aussi en raison des sorties (convocations, volontariat) la participation menaçait de chuter. En outre, les employeurs (en particulier les artisans) n'étaient pas vraiment ravis que leurs apprentis prennent part à ces exercices, car ils manquaient à l'entreprise. «Une fois de plus, nous nous adressons aux parents et aux employeurs avec une demande pressante : envoyez les jeunes à la compagnie de jeunes !»

La mise en place des brigades de jeunes a de toute évidence été interprétée par un homme d'affaires comme une opportunité pour y promouvoir sa gamme d'armes à feu : annonces du journal pour des armes à feu pour les jeunes (LP, 24/12/1915).

La journée scolaire avait également été influencée par diverses et nombreuses campagnes de collecte de fonds, comme on peut le constater dans la chronique de l'école de Wiembeck :

"Si la grande capacité d'abnégation et l'esprit de sacrifice du peuple prussien en 1813 avaient déjà été soulignés dans beaucoup d'histoires et tableaux, en 1914 ils n'étaient pas moindres ! À l'école de Wiembeck, un poste de collecte de la « Croix-Rouge » a aussi été mis en place. Au cours du premier hiver, 21 pièces de tissu en lin, 31 serviettes avaient déjà été collectées. 18 draps, 30 chemises. Beaucoup de femmes de la communauté se réunissaient dans la salle de classe pour préparer des choses, plusieurs machines à coudre étaient utilisées, d'autres femmes s'occupaient de la découpe ou de coudre à la main, afin que les produits puissent être livrés dans le poste principal de collecte à Detmold. Mais l'activité de collecte ne s'arrêtait pas là. Une photo nous donne un aperçu de la variété et des quantités qui avaient été collectées dans notre école [...]. En janvier et février 1917, une grande collecte de lard eut lieu à la demande du maréchal Hindenburg, en soutien aux travailleurs dans l'armement, la dénommée collecte de Hindenburg, pour laquelle notre communauté apporta environ 60 kg de lard. Ce fut un très bon résultat, étant donné que dans le pays tous les aliments étaient rationnés depuis longtemps et que chaque personne avait droit à seulement 50 livres de poids de carcasse de porc».

À l'école St Johann en 1917 :

« Le 5 février, notre classe supérieure a joyeusement participé à l'achat de bois de chauffage en provenance de la forêt pour les personnes démunies qui habitaient dans les zones urbaines et rurales. - Les deux collectes pour le don de Hindenburg ont eu beaucoup de succès. Dans notre communauté habitée uniquement par des soi-disant petites gens : 140 kg ont été collectés ou apportés volontairement. De nombreux donateurs ont renoncé à être payés. - Un certain nombre de jeunes a volontairement porté sur des traîneaux du charbon et du bois aux femmes de soldats et a donc contribué à sa façon au « service d'assistance».

Encore à Wiembeck :

«Le printemps de 1918 a apporté un très beau temps. Déjà à la mi-avril, les travaux dans les champs avaient pu se terminer et le 23 avril, la forêt était verte. Un bel été sec a suivi. Le bétail trouvait peu de nourriture dans le pâturage. Au front, les chevaux manquaient aussi de nourriture. Dans toutes les écoles, un appel fut lancé pour dépouiller les feuilles des haies et des jeunes hêtres et les livrer à l'état vert ou séché, moyennant rémunération, dans les centres de collecte. L'argent était payé pour la plupart par des enseignants directement aux enfants, certains élèves utilisaient l'argent pour l'achat de matériel scolaire. Les habitants ont fait neuf collectes, les cours ont donc été annulés. La quantité relativement importante d'environ 30 quintaux de feuilles fraîches et 19 quintaux de feuilles pour le fourrage fut livrée au poste de collecte de Dörentrup, comme on peut le voir dans le tableau en annexe. Le feuillage fut ensuite pressé et utilisé au front comme aliment pour les chevaux. Aux mois de septembre et octobre, l'école recueillit 6 quintaux de faines, à partir desquelles on produisit de l'huile pour les foyers et pour le front. Beaucoup de particuliers collectaient des faines, notamment celles qui n'avaient pas de graines de pavot ou du colza dans leurs parcelles, afin d'obtenir une huile à usage domestique. Partout, des dispositifs d'extraction d'huile furent remis en place, ainsi également dans la scierie-moulin de Brake. De l'églantier et des glands, des châtaignes et des noyaux de cerise, des plantes médicinales et des orties furent aussi recueillies par l'école. À partir des orties séchées, on voulait obtenir une matière fibreuse, car il n'était plus possible d'importer du coton».